Copyright


(Peace Maker) #1

Qu’ils soient arrivés sur Internet aux alentours de 2005, ou qu’ils soient des quiches (et souhaitent le rester) sur un plan technique, il y a une grande majorité d’internautes qui pensent que Google, c’est le Web, que le Web, c’est Internet et que le contenu ne peut être partagé que sur Facebook ou Twitter. Ils ne savent pas ce qu’est une URL, ne veulent retenir aucun nom de domaine parce que Internet (comprendre Google) les retrouve pour eux. Cette nouvelle génération succède à celle qui pensait, elle, qu’Internet, c’était le “e” bleu sur le bureau de leur ordinateur. A ceux-là, il est impossible d’expliquer des concepts comme la centralisation des contenus sur des plateformes incontrôlables, qui se nourrissent de leurs données personnelles pour mieux les vendre comme des produits, du “temps de cerveau disponible”, comme le disait un dinosaure du siècle dernier. Impossible de leur expliquer que chacun peut construire sa propre plateforme de diffusion sur Internet, ce grand machin initialement décentralisé. Allez leur dire qu’il leur faut payer un hébergement, gérer soi-même ses mails, héberger ses données sur son propre espace disque distant, chiffrer, activer un fil RSS, paramétrer son propre lecteur de fils RSS, on en passe. Pas moyen. Trop compliqué. Et comment rester en contact avec ses amis à l’autre bout du monde sans Facebook ? C’est pas Internet, avec son mail, ses serveurs Web, son IRC qui va aider. Facebook, saymieux.

Et voilà que soudain, les euro-députés votent une directive (stupide) Copyright. Se pourrait-il qu’elle signe finalement la mort des plateformes ?

C’est l’article 13 qui pourrait entraîner une re-décentralisation des contenus. Imaginons une mise en place de robocopyrights super gavés à l’intelligence artificielle, comme on a pu l’entendre dire sur une radio. Traduisons : des robocopyrights encore plus débiles que ceux qui sont en place, mais qui travaillent beaucoup plus et virent automatiquement en masse toutes sortes de contenus uploadés par les internautes sur Youtube, Facebook et autres Twitter… Au bout d’un moment, les internautes vont se désintéresser de ces plateformes où l’on ne peut plus rien poster. Déjà que c’était un problème de ne pas pouvoir poster un bout de sein sur Facebook, que nos comptes pouvaient sauter sur Twitter au moindre signalement d’une personne dérangée, qu’il était compliqué de poster sa propre interprétation d’une musique sur Youtube… Imaginez ces cas multipliés par des centaine de milliers…

Voilà notre nouvelle génération d’internautes interdite (c’est le cas de le dire) face à une soudaine impossibilité de “s’exprimer” sur ses canaux habituels. Ils pourraient alors chercher des alternatives. Un peu comme les terroristes qui migrent quand les outils ne remplissent plus leurs besoins. Mais ils finiraient peut-être par comprendre que le meilleur moyen pour s’exprimer sur ce réseau est d’héberger soi-même ses contenus. On ne rend de comptes qu’à soi-même. Et les contenus ne disparaissent que si une décision de justice nous y oblige. Magique non ? Voilà de quoi appâter notre génération d’utilisateurs non avertis.

Le rêve est encore permis, il n’y a pas d’intelligence artificielle qui le contrôlent avant concrétisation. Pas encore.