La normalisation de OOXML relance le RGI.

Lu dans http://linuxfr.org/2008/04/17/23971.html

La normalisation de OOXML relance le RGI. Posté par Benoît Bailleux (Jabber id, ). Modéré le jeudi 17 avril à 16:10. Juste après la normalisation aux forceps du format de documents bureautique OOXML de Microsoft, le Référentiel Général d'interopérabilité (le fameux RGI) est relancé au bénéfice de Microsoft. En effet, ce référentiel, dont les modalités techniques sont arrêtées depuis plus d'un an mais qui était resté bloqué depuis, est relancé par la DGME (la Direction Générale de la Modernisation de l'État), apparemment dans l'urgence..

Ce référentiel contenait une directive imposant le recours à des outils bureautiques reposant sur une norme, et seul le format OpenDocument (utilisé par défaut par la suite OpenOffice, par exemple) satisfaisait à cette exigence, disqualifiant de fait la suite Office de Microsoft. La récente normalisation du (futur) format de cette dernière pourrait permettre de l’ajouter au RGI, ré-ouvrant de fait la porte à Microsoft sur ce marché juteux.

La proximité de ces deux évènements (normalisation et relance du RGI) semble trop grande pour être le fruit du hasard. Elle confirme bien que cette normalisation ne semble avoir pour but que de déverrouiller des marchés (publics) que Microsoft était en train de perdre progressivement. Objectif atteint aux dépens des utilisateurs finaux et des concurrents …


Il y a aussi
http://www.cio-online.com/actualites/lire-rgi-bercy-veut-sauver-microsoft-et-l-imposer-aux-administrations-1302-page-1.html
RGI : Bercy veut sauver Microsoft et l'imposer aux administrations

Edition du 17/04/2008 - par Bertrand Lemaire

Bloqué depuis six mois, le référentiel général d’interopérabilité devient brutalement une urgence… pour imposer Microsoft Office 2007 aux administrations.

La nouvelle a fait le tour des administrations d’Etat durant la journée du 16 avril 2008 : le Référentiel Général d’Interopérabilité (RGI), bloqué depuis le 12 octobre 2007, devient brutalement une urgence pour la DGME (Direction générale de la modernisation de l’Etat). Le RGI, mis au point par une large collaboration de toutes les administrations sous l’égide de la DGME, définit précisément les règles de bonne gouvernance des systèmes d’information des administrations, tant en terme de méthodes que de technologies, notamment de formats de fichiers.
Marc Meyer, Chef de service « Développement de l’Administration Electronique » de la DGME, a reconnu dans une communication interne le 16 avril 2008 que le blocage était directement lié à un gros défaut de conception du RGI : le seul format bureautique accepté était OpenDocument (ODF, norme ISO 26300). Exit Microsoft et sa suite Office 2007, utilisant le format Office OpenXML. Inacceptable pour l’éditeur américain… qui finance peu ou prou tant de partenariats para-publics (notamment dans l’éducation nationale) et était, il y a peu encore, dirigé par le seul chef d’entreprise reçu en chef d’Etat en France.
Marche arrière toute : désormais, les formats OpenDocument et Office OpenXML seront traités à égalité dans le RGI. Le prétexte du changement de politique est la récente normalisation du format défendu par Microsoft dans les conditions que l’on sait sous la référence ISO 29500.

Mais l’égalité suppose que toutes les administrations soient en mesure de traiter (en entrée, en sortie et en interne) les deux formats bureautiques au lieu du seul OpenDocument, ce qui est aujourd’hui impossible sans acquérir Microsoft Office 2007. Cela sans oublier que le véritable format ISO 29500 est aujourd’hui une vue de l’esprit puisque Microsoft Office 2007 n’implémente qu’une version d’OOXML préalable à celle qui a été normalisée.

Le retour de l’agnostique Corel ?

Si la modification du RGI n’est pas encore actée, le sujet devant être traité par des réunions interministérielles et tranché aux très prochaines Assises du Numérique, elle est évidemment le fruit d’une grande bataille d’influence entre les différents acteurs du marché informatique (Microsoft et quelques rares alliés d’un côté ; IBM, Google, Sun et les acteurs du logiciel libre de l’autre). Le point semble donc a priori marqué par Microsoft. Sauf que…

Si les acheteurs publics se mettent à respecter le Code des Marchés Publics et à lancer des appels d’offres avec un cahier des charges pour leurs suites bureautiques (au lieu d’indiquer d’entrée de jeu un nom de logiciel), la modification du RGI pourrait bien profiter à… Corel ! L’éditeur canadien de la suite bureautique WordPerfect, quasiment disparue aujourd’hui, est en effet le seul à s’être engagé de longue date à supporter nativement les deux formats dans sa suite. Autrement dit, WordPerfect permet de respecter avec un seul logiciel, maintenu par un éditeur identifié (faiblesse habituelle des logiciels libres), le critère des formats bureautiques du RGI… Microsoft s’est-il tiré une balle dans le pied en remettant en selle son concurrent éliminé depuis plus de dix ans ?

Par ailleurs, pour des raisons juridiques, le RGI ne pourrait pas être imposé aux collectivités locales et territoriales, dont l’autonomie est garantie par la Constitution. Il en résulte que celles-ci ne pourraient qu’opter volontairement (même incitées fortement) pour le respect des règles de bonne conduite du RGI.

Mise à jour
Contactée par mail avant l’écriture de l’article (service communication et sous-direction concernée), la DGME n’a pas répondu à nos questions. Relancés par téléphone, les opérationnels ont refusé de commenter nos informations et la direction de la communication très sèchement de même. Selon des sources proches du dossier, l’ambiance interne de la DGME serait pour le moins animée suite aux fuites à la base du présent article…

Ha bon ?